Quand une phobie des guêpes devient un frein au travail scolaire : le cas de Lina

Dans ma classe de CE1, j’accompagne actuellement une petite élève que nous appellerons Lina pour préserver son anonymat. Depuis quelques semaines, Lina développe une peur intense des guêpes. Tout a commencé dans la cour de récréation : elle a aperçu une guêpe, et certains camarades ont commencé à lui raconter des histoires anxiogènes, comme « Tu peux mourir d’une piqûre de guêpe » ou « Regarde, elle est là », pour lui faire une ( mauvaise ) blague.

Très vite, cette peur a commencé à se manifester en classe. Lina en voit partout : elle croit qu’elle va se faire piquer, pleure, se crispe… et ces réactions surviennent surtout au moment du travail scolaire. Jusqu’ici, elle travaillait bien et progressait, mais elle devait fournir beaucoup d’efforts pour y arriver et je sais bien à quel point les efforts peuvent, s’il ne sont pas suivi suffisamment vite d’une réussite, devenir trop douloureux à dépasser pour certains élèves sensibles à la frustration. C’était un point de vigilance que j’avais déjà repéré chez elle. Aujourd’hui, chaque dictée ou moment de mise au travail déclenche des pleurs et de l’anxiété, car elle a inconsciemment associé sa peur des guêpes au travail scolaire.

L’erreur fréquente des adultes

Face à ce type de situation, beaucoup d’adultes réagissent spontanément en cherchant à stopper la peur ou les pleurs  :
> « Arrête de pleurer, tu n’es plus un bébé »
> « Il n’y a pas de guêpe en classe, arrête ton cinéma »

Cette réaction, bien qu’instinctive, peut renforcer l’évitement et la peur. L’enfant apprend que ses émotions sont « mal vues ». En faisant cela, on leur enlève une manière saine d’évacuer le stress, ce qui peut l’aggraver et créer des blocages scolaires.

Mais du coup que faire ? Comment auriez-vous réagit à ma place d’enseignante pour aider cette élève ?
Voici ce que j’ai mis en place…

Une approche TCC adaptée

Dans le cas de Lina, j’ai adopté une autre approche  :
1 – Validation de la peur : « Je te crois, tu as le droit de pleurer. »
2 – Outils pour gérer la peur : respiration, petites expositions graduées, verbalisation… L’objectif n’est pas de supprimer la peur, mais de permettre à Lina de continuer à travailler malgré elle.
3 – Renforcement positif : chaque petit effort pour travailler ou affronter sa peur est félicité.

Petit à petit, Lina reprend confiance : elle se remet au travail, même lentement. Ce travail de longue haleine, fait de petites victoires, peut aider à éviter que sa peur ne se transforme en phobie scolaire durable.
Elle me dit « merci maîtresse tu es trop gentille ». C’est ma plus belle récompense.

Ce que les parents peuvent retenir

> Écouter et valider la peur : reconnaître l’émotion sans la juger. Même si parfois vous pensez qu’ils « jouent la comédie ». Accepter de croire à leur émotion ne signifiera pas « tout leur céder ».
> Ne pas céder à l’évitement : permettre à l’enfant de continuer à travailler à son rythme.
> Accompagner avec des outils concrets : respiration, plan d’exposition graduée, verbalisation de la peur.
> Valoriser chaque petit progrès : le renforcement positif favorise la confiance et l’autonomie
Ce cas illustre comment une peur qui semble anodine peut influencer le rapport au travail et le quotidien scolaire. En tant que parents, identifier ces situations, comprendre leur mécanisme et accompagner votre enfant avec des stratégies adaptées peut faire toute la différence.

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